(pour ceux qui ne l'ont pas encore lu sur le Blog de SM)
http://www.siliconmaniacs.org/compte-rendu-de-humanity-a-hong-kong/
--
Didier Coeurnelle, coprésident de Heales.org (Healthy Life Extension Society) et membre de l’AFT-Technoprog, s’est rendu à Hong-Kong pour prendre la parole à la première conférence Humanity + organisé en Asie. Le thème ? L’allongement de la vie. Attention, texte transhumaniste s’il en est.
Hong Kong, 3 décembre 2011, 10 heures, la première conférence asiatique d’Humanity+ (mouvement mondial transhumaniste) débute dans l’Université polytechnique de cette métropole surpeuplée, technologique à l’extrême et fascinante. Pendant deux jours, des conférenciers venus des quatre coins de la planète quoi qu’avec une nette prédominance anglo-saxonne vont se succéder. Ils vont confronter leurs points de vue souvent d’un optimisme radical, mais aussi parfois d’une inquiétude fort bien informée.
Le thème principal de la première conférence est “Living forever”. Dans le domaine de la progression de la longévité grâce aux progrès médicaux et plus largement technologiques, les raisons d’être optimiste sont bien plus nombreuses que celles d’être inquiets. Des thérapies géniques aux progrès de l’informatique en passant par des dizaines d’autres domaines, les indicateurs de progression sont nombreux.
C’est peut-être un des plus vieux rêves de l’humanité. Le héros du premier récit de fiction qui nous soit parvenu, l’épopée de Gilgamesh, chercha sans succès à vaincre la mort. Un des premiers empereurs chinois s’y essaya aussi, absorbant du mercure en croyant qu’il s’agissait d’un élixir de vie alors que nous savons aujourd’hui qu’il s’agit d’un poison.
En 2011, il ne s’agit plus de trouver la “potion magique” de l’immortalité. L’objectif, plus modeste, mais aussi moins hypothétique est de découvrir quelles techniques permettront de traiter le vieillissement comme une affection certes redoutable mais pas invincible. Aubrey de Grey, le biogérontologiste mondialement connu, est un de ceux qui y travaillent sans relâche. Il a pris la parole en introduction des conférences puis a cédé la parole à Max More, fondateur de l’Extropy Institute et CEO d’Alcor, la plus grande entreprise de cryogénisation humaine du monde (NDLR : la cryonie est interdite en France).
C’est une source d’espoir pour beaucoup et d’inquiétudes pour d’autres. De droite à gauche, d’est en ouest, certains s’enthousiasment, d’autres temporisent.
Rassurons de deux manières les conservateurs soucieux de ne pas allonger “inconsidérément” la vie de leurs concitoyens. Même si la médecine en faveur de la longévité parvient à ses objectifs:
- Nous pourrons toujours mourir écrasés par un chauffard, terrassés par une maladie ou victime d’une autre cause de décès que tant la nature que l’espèce humaine ont inventé avec un raffinement pervers et polymorphe;
- Les thérapies nouvelles auront un point commun avec les épinards: si vous ne les aimez pas, vous n’êtes pas oblige d’en prendre.
Interdire l’allongement de la vie ?
![]()
![]()
Certains droits réservés par Andreas.
Mais, si vivre plus longtemps devient possible, peut-on l’interdire? Si les thérapies s’approchent, peut-on arrêter les recherches pour empêcher une vie plus longue ? Lors de la conférence à Hong Kong, la réponse apportée était uniforme. Ce serait inacceptable. Comme l’écrivait Tom Mooney, l’auteur d’un ouvrage récent relatif aux aspects politiques de ces questions, lorsque les rédacteurs de la déclaration d’indépendance américaine ont mentionné le droit à la vie, ils n’ont pas inscrit de limitation pour les personnes âgées. Il en va de même pour les textes plus récents relatifs aux droits de l’homme rédigés alors que la médecine permettait déjà de gagner des années de vie en plus.
Lorsque l’on va voir un docteur, il ne consulte pas un tableau socio-économique chargé de déterminer si la poursuite de votre vie est souhaitable. Aucun ministère de la santé publique ne se livre à une opération similaire, aucun État démocratique ne s’est jamais prononcé en faveur de règles d’élimination passive des aînés.
Certains pourraient arguer d’une situation nouvelle, considérer qu’aujourd’hui, une vie plus longue devient une source de problème pour l’humanité du fait de la surpopulation.
En réalité, vivre plus longtemps en bonne santé est un facteur non pas de croissance, mais de décroissance de la population.
Plus les gens vivent longtemps, moins ils ont d’enfants. Prenons l’exemple de Hong Kong. Dans cette cité autonome de près de huit millions d’habitants, l’espérance de vie a cru de 16 ans en quatre décennies. Elle est maintenant de plus de 80 ans, dépassant les États-Unis et la France. Parallèlement, la natalité est une des plus faibles du monde.
Il en va de même à une échelle plus large. Ainsi, l’Afrique est à la fois le continent où la population croît de la manière la plus rapide et celui où l’espérance de vie est la plus courte.
En outre, un citoyen du monde qui sait qu’il vivra plus longtemps sera plus respectueux de la planète : plus prudent car l’argument “Après-moi les mouches” est moins d’application, plus économe car il n’y a plus d’urgence à brûler la chandelle par les deux bouts, plus pacifique parce que les citoyens plus âgés le sont,…
Est-ce à dire qu’un monde avec vieillissement négligeable sera sans difficulté. Bien sûr que non, mais nous aurons plus de temps pour répondre aux problèmes posés!
Didier Coeurnelle, orateur à la conférence, coprésident de Heales.org (Healthy Life Extension Society) et membre de l’AFT-Technoprog.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire