vendredi 12 avril 2013

ATTENTION : Transfert de la plateforme Technoprog!

La plateforme internet de l’Association Française Transhumaniste : Technoprog! a été entièrement repensée. Un transfert complet va être effectué dans les semaines qui viennent. A partir de la semaine du lundi 22 mai 2013, en vous connectant à l’adresse www.transhumanistes.com, vous arriverez directement sur la nouvelle plateforme.
 
Afin de suivre régulièrement nos actualités ou de prendre part à nos activités (liste de diffusion, forums, blogging, etc.), vous serez amenés à vous inscrire sur ce nouvel espace en utilisant un formulaire dédié (lien à venir).

Nous avons fait de notre mieux depuis plus de six mois pour concevoir un nouveau site dont l’objectif était d’intégrer tous les éléments de l’ancienne plateforme, en conservant ses atouts, en supprimant au mieux ses inconvénients et en rajoutant différentes fonctionnalités. Aidez-nous à faire mieux encore lorsque vous aurez découvert le nouveau site en nous communiquant vos remarques sur contact.technoprog@gmail.com.

Au plaisir de vous retrouver bientôt

L'Équipe Technoprog!

vendredi 22 février 2013

Que conserver de l'humain ?


1) Quelles valeurs pour, demain, fonder l’humain ?

    Comme point de départ, je prendrai une conférence organisée vers la fin de l’année 2012 à la mairie du IIème arrondissement de Paris et intitulé « Demain, quels humains ? ».
Le magazine Science et Avenir y avait invité Roger-Pol Droit et Monique Atlan (auteurs récents de Humain : enquête sur ces révolutions qui vont changer nos vies).
L’article de présentation que proposait le magazine posait quelques bonnes questions – « quel monde humain nous voulons, et quelles valeurs peuvent le fonder ? Qu’est-ce qu’on encourage ou interdit, et pour quels motifs ? etc… » mais il ne se situait évidemment pas dans une perspective transhumaniste. Je vous propose donc de revisiter un instant ce questionnement et de suivre quelques pistes divergentes de celles balisées par les auteurs pour essayer de discerner les critères qui pourraient déterminer nos choix.

- Tout d’abord, en réponse à la question centrale du transhumanisme – Que conserver de l’humain ? – je propose de considérer que ce qui compte vraiment, au fond du fond, et compte tenu du degré de développement qu’elle a atteint chez notre espèce, c’est la conscience que nous avons de nous-même.
Sans cette conscience, en effet, nous serions indifférents à nous même. Comme pour la plupart des autres animaux, ce sont principalement nos instincts de survie et de reproduction, notre programme génétique, qui nous pousseraient à poursuivre l’aventure de notre espèce, mais, ignorant la certitude de notre disparition individuelle et collective à venir, nous n’en concevrions ni aucune angoisse, ni aucun espoir.
Je pose donc que, chez l’humain, c’est la conscience qui, par dessus tout, donne sens à l’existence.
* Précision : par conscience, il faut ici entendre « conscience supérieure » au sens où la définissent les neuroscientifiques comme Jean-Pierre Changeux, Antonio Damasio  ou Gérald Edelman (Pour une bonne synthèse de travaux et d’essais relativement récents de définition de la conscience, j’invite à consulter l’article de Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin : « La conscience vue par les neurosciences », Automates Intelligents, oct. 2008). Les processus qui conduisent à l’émergence de la conscience existent à des degrés divers dans le règne animal et diverses espèces, notamment chez les mammifères supérieurs, semblent dotés d’une conscience élémentaire d’eux mêmes qui leur permet de se projeter dans un avenir à court terme voire de passer un test comme le « test du miroir », mais, sur Terre, seul l’humain nous paraît doté d’un degré de conscience permettant de se projeter non seulement sur sa vie entière mais encore dans son passé historique et dans son futur lointain.

- Notez que le vivant, qui, d’un point de vue matérialiste, semble être apparu par hasard (en tout cas nous ne sommes pas aujourd’hui en mesure d’en cerner les déterminismes), produit des choix qui sont soit eux-mêmes le fruit d’autres hasards, ou chaos, soit issus de combinaison de détermination biologiques et environnementales.
En échange, le « Conscient », lui, commence à raisonnablement envisager de montrer son indépendance par rapport au vivant biologique. Il prouvera véritablement cette indépendance le jour où il se sera rendu capable de développer un support de conscience autre que celui dont il est originaire (l’hypothèse de l’uploading, ou téléchargement de la pensée sur un support informatique, n’est que le plus en vogue et le plus avancé de ces développements spéculatifs mais on pourrait en imaginer d’autres).
Tout le reste de notre corps, qui, certes, semble bien participer à l’émergence et à la définition de notre conscience, est susceptible d’évolution, de transformation progressive à travers le temps ou les générations, jusqu’à aboutir éventuellement à un stade où il serait très différent du corps que nous connaissons aujourd’hui. Ce corps pourrait être augmenté de diverses façons de manière à améliorer ses facultés sensorimotrices, cognitives ou émotionnelles mais toutes ces modifications n’auraient guère de sens en elles-mêmes. Elles ne se justifieraient que dans la mesure où elles contribueraient à la meilleure persévérance et au meilleur développement/épanouissement de la conscience.

2) Comment assurer la pérennité de la conscience ?

Ainsi, ce qui est en jeu dans l’aventure anthropotechnique, ce pourrait être ceci : l’autonomisation du processus qui aboutit à l’émergence de la conscience par rapport au processus biologique basé sur la chimie du carbone. Autrement dit, les êtres dotés de conscience supérieure sont en train de concevoir un intérêt à disposer un jour d’un corps/substrat dont le principe de fonctionnement ne serait plus, ou majoritairement plus, celui du vivant tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Conscience - Selçuk 2
- Que nous nous accordions ou non sur le primat du conscient sur le vivant, nous pouvons sans doute nous mettre d’accord sur l’idée qu’un critère éthique absolu pour nous permettre de dire ce que nous souhaitons permettre et ce que nous souhaitons interdire dans notre évolution à venir est le critère de pérennité (que d’autre appelle résilience, ou robustesse).
Ce qui met en danger la survie et la poursuite de l’existence des individus (de leur conscience ;-) et de l’espèce humaine est à circonscrire, voire à prohiber (hormis le libre choix individuel, conscient et éclairé, de mettre fin à ses jours). Ce qui renforce et encourage notre capacité à survivre, en tant qu’individus libres comme en tant que collectivité harmonieuse peut et doit être permis et même développé.
La difficulté réside bien entendu dans notre capacité à déterminer à l’avance ou au moins à temps ce qui nous sera contraire et ce qui nous sera favorable. Et ceci, d’autant plus que certaines dispositions peuvent se révéler bénéfiques dans certaines conditions et désavantageuses dans d’autres (par exemple, la capacité des cellules souches embryonnaires à se reproduire à l’infini semble pouvoir déboucher sur des cancers, ou bien ce qui est considéré comme un handicap mental (ex : l’autisme) peut, dans certaines circonstances être vécu comme une marque de génie (ex : le syndrome d’Asperger). On pourrait multiplier les exemples.)
Il en découle que, la plupart du temps, ce n’est qu’a posteriori que nous pouvons juger si tel ou tel de nos choix éthiques s’est avéré judicieux. L’histoire ne se répète jamais complètement mais je considère, avec la science, qu’il n’existe guère de meilleure sagesse que de se baser sur le souvenir de nos échecs et de nos réussites passées pour anticiper les conséquences de nos choix à venir (d’ailleurs la logique du vivant n’est pas différente qui procède par essais, erreurs, élimination des ratés et réutilisation des réussites).

3) Prendre le temps

- Concernant maintenant le choix d’utiliser et de développer telle ou telle nouvelle technologie dans le sens d’une évolution de type transhumaniste, il devrait donc en aller de même. Nous ne devrions avoir aucuns tabous, aucuns interdits autres que ceux imposés par des échecs patents.
Cela dit, il est évidemment impensable pour un transhumanisme techno-progressiste de considérer les personnes humaines comme des objets d’essais susceptibles de réussir ou d’échouer. C’est le libre choix, véritablement éclairé et responsable, des individus qui doit être à l’origine des orientations collectives.

Or, Afin de parer au plus vite et au mieux aux dérives et aux ratés de nos choix technologiques, une condition qui me paraît très importante est de se donner le temps. Idéalement, nous devrions avoir le temps du choix, le temps de l’expérimentation, le temps de l’appréciation, celui du plaisir aussi, le temps du bilan puis, le temps de l’adoption ou celui du regret peut-être et de la renonciation.
Contrairement à certains – ceux qui rêvent de La grande catastrophe ou ceux qui attendent déjà la Singularité -  je pense en effet que l’humanité a encore le temps devant elle et qu’elle doit le prendre. Scientifiquement parlant, il semble que la seule échéance à ce jour inéluctable pour l’aventure humaine soit la fin de vie du Soleil, ce qui nous donnerait tout de même 4 ou 5 milliards d’années avant que le système solaire ne soit plus vivable.
La précipitation, au contraire, pourrait nous valoir un anéantissement avant ce terme.

Le danger donc, ne me paraît pas venir de l’adoption des technologies NBIC au motif qu’elles ne pourraient que nous faire perdre notre humanité. En échange, il me semble découler de cette logique de la précipitation dont se sert le système sociétal et économique dominant aujourd’hui dans notre monde. Pour parler grec, je pourrais m’amuser à considérer que cette précipitation relève vraiment de l’hybris. Elle est une insulte au véritable dieu de la pensée grecque : la raison humaine. Or, dans la tradition de la tragédie grecque, l’hybris ne peut être que punie.

Pour l’AFT:Technoprog!
Marc Roux

nb : Article publiée initialement sur Mesacosan.com

samedi 19 janvier 2013

Nous ne vieillirons pas ensemble

Vertiges et perspectives d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue.




Chaque jour, la mort, la grande faucheuse, fait son travail avec un peu plus de difficulté. En effet, chaque jour nous gagnons environ 6 heures d'espérance de vie. Ces progrès ne sont pas également répartis. Contrairement à ce que beaucoup pensent, c'est dans la plupart des pays du Sud et non pas dans les pays du Nord que les progrès sont les plus rapides. Une étude vient d'être publiée dans le prestigieux magazine médical le Lancet, décrivant l'évolution mondiale de la santé de la population durant ces dernières décennies. Cette recherche est peu médiatisée dans le public francophone comme souvent pour des travaux qui démontrent des évolutions positives. Le lecteur de la presse anglophone y découvrira notamment que dans des pays comme le Bangladesh, l'Iran ou le Pérou, depuis les années 70, la durée de vie moyenne a cru de plus de 20 ans.

En Europe, en 40 ans, nous avons gagné environ 10 années d'espérance de vie. La majorité de ces années sont des années en bonne santé. L'évolution moindre ici est due au fait que, dans les pays les plus riches, la durée de vie moyenne était déjà élevée auparavant et la mortalité infantile était déjà très faible. Les progrès de la santé dans les pays riches se concentrent donc là où les gains sont les plus difficiles: chez les personnes les plus âgées. Mais les avancées sont quand même considérables. La mortalité liée au cancer recule progressivement mais inexorablement.  De manière générale, le taux de survie dans les 5 ans au cancer qui était de plus ou moins un tiers dans les années 70 approche maintenant les deux-tiers dans plusieurs pays d''Europe occidentale. En Belgique une étude récente confirme que le pourcentage de décès dans les 5 années après la découverte d'un cancer  diminue de près d'un % par an. Le cancer du sein, la maladie qui était dans les années 70, un des symboles du mal moderne presque incurable, devient progressivement une maladie chronique non mortelle.

Après-demain, vieillirons-nous encore ?

Au début du 20e siècle, nous étions souvent vieux et en mauvaise santé dès 50 ou 60 ans. Aujourd'hui, c'est plus fréquemment à 70 ou 80 ans. Nous vivons des temps vertigineux dans le domaine de la santé, souvent sans nous en rendre compte.  Les perspectives à moyen ou long terme sont bien plus vertigineuses encore. Elles concernent entre autres :
  • Les nouveaux produits. De par le monde, sur des hommes, sur des souris et sur d'innombrables autres êtres vivants, systématiquement ou involontairement, l'être humain expérimente des millions de produits et méthodes ayant une influence sur la durée de vie. L'observation de ces expérimentations nous permet de découvrir de nouvelles méthodes pour gagner des années de vie en bonne santé mais elle n'est pas encore suffisamment systématique. 
  • Les cellules souches. Une cellule normale de l'organisme ne se divise qu'une cinquantaine de fois. Cependant, certaines cellules de notre corps se reproduisent sans limitation. Ce sont les cellules souches. Les expérimentations d'introduction de ces cellules dans le corps pour régénérer des tissus et des organes se multiplient. Les progrès dans ce domaine peuvent notamment être liés à une meilleure compréhension des mécanismes de régénération chez d'autres êtres vivants. Nous pouvons déjà régénérer naturellement notre peau et une partie de notre foie. Certains batraciens, reptiles et poissons peuvent régénérer des membres entiers.
  • Les thérapies géniques. Le vieillissement est un phénomène d'une complexité extraordinaire qui n'est pas encore pleinement compris. Mais il est certain que des espèces animales très proches ont des durées de vie maximales très différentes. Il est certain également que des individus vivent plus longtemps que d'autres notamment pour des raisons d'ordre génétique. Il est déjà possible d'appliquer des thérapies géniques pour guérir quelques maladies. Les thérapies géniques pour transformer nos cellules en cellules plus résistantes à la vieillesse sont envisageables à terme.
  • Les nanotechnologies médicales. La chirurgie se fait de plus en plus précise et de moins en moins invasive. Mais ce n'est que le début. La combinaison de la médecine, de l'informatique et des nanotechnologies pourraient permettre, un jour, d'introduire dans notre corps, des "nanorobots" capables de nous réparer de l'intérieur en réparant les tissus, détruisant les amas graisseux, attaquant les sources d'infection,... 
  • Le mental ("l'esprit") changeant de corps. A beaucoup plus long terme ou en tout cas dans un futur beaucoup plus hypothétique, il est envisageable que nous soyons capables de transférer notre conscience sur un support informatique. Beaucoup estiment que ce futur est trop disruptif pour être un espoir à court ou à moyen terme.  A court ou moyen terme, faire fonctionner notre "bon vieux corps" de manière améliorée apparaît comme plus souhaitable.
Nous ne vieillirons plus ensemble mais qui vieillira encore ?
Aujourd'hui, comme chaque jour, 100.000 personnes meurent de maladies liées au vieillissement. Il s'agit des deux-tiers des décès de la planète.  Toutes les autres causes réunies de mortalité dans le monde, de la malnutrition aux épidémies en passant par les guerres, le terrorisme, la criminalité, les accidents de voiture, la pollution,... tuent donc deux fois moins.  Tout progrès médical dans les domaines cités plus haut peut permettre de sauver des vies à une échelle inégalée. Ces progrès peuvent être utiles non pas seulement ici et maintenant, dans nos pays riches mais partout dans le monde aujourd'hui et dans le futur.

Cela ne se passera pas sans difficultés. Les maladies cardiovasculaires et les cancers reculent spectaculairement mais la suralimentation et  certaines pollutions sont très loin d'être des phénomènes maîtrisés. De plus, vu la durée de vie plus longue, les maladies neurodégénératives, particulièrement la maladie d'Alzheimer touchent un nombre plus important d'individus. L'évolution des consciences et les  progressions techniques sont en cours mais restent insuffisants pour diminuer rapidement l'impact de ce fléau.

Un jour cependant, sauf catastrophe ou renoncement collectif, nous ne vieillirons plus ensemble. Cela peut signifier que nous ne vieillirons plus du tout ou que seulement certains, les plus pauvres, les malchanceux,... continuerons à vieillir. Pour les progressistes d'aujourd'hui, le droit à la vie est un droit humain fondamental, quel que soit l'origine, l'opinion ou la taille du portefeuille virtuel. Pour que ce soit encore le cas demain, il faudra être "technoprogressiste", exiger que les progrès en matière de longévité continuent à diminuer les inégalités. Concrètement, cela signifie:
  • Faire des recherches en matière de santé une priorité à tous les niveaux. Aujourd'hui, les pauvres meurent plus rapidement de vieillesse que les riches.
  • Financer des recherches scientifiques publiques en veillant à ce que les résultats des recherches soient communiqués largement. Ainsi, les progrès pourront être accessibles au plus grand nombre.
  • Lorsque des recherches sont effectuées sur base de capitaux privés, exiger politiquement, juridiquement et socialement que les résultats soient rendus rapidement accessibles à tous, le cas échéant moyennant une juste rémunération des investisseurs non bénévoles.
Les hommes et les femmes contemporains mènent une vie plus longue, en meilleure santé et avec plus d'accès aux connaissances que jamais dans l'histoire de l'humanité. Le futur n'est pas univoque. Les progressions technologiques comportent des risques considérables, depuis les changements climatiques jusqu'aux risques militaires. Ce qui permet à nos semblables de vivre plus longtemps, d'être plus résilients,  en meilleure santé et plus heureux est souhaitable pour chacun individuellement mais également pour la société dans son ensemble car cela fait de nous des personnes plus interdépendantes et plus soucieuses du futur.

Didier Coeurnelle
Vice-président  de l'AFT Technoprog! et coprésident de Heales (Healthy Life extension Society)

Pour en savoir plus, lire notamment:
AFT Technoprog: www.transhumanistes.com
Heales: http://heales.org  
Global Burden of Disease Study 2010
Cancer survival in Belgium

nb : article initialement publié sur mesacosan.com

mardi 31 juillet 2012

L'affaire Steve Mann (MacDoGate) ou les débuts de la lutte pour les droits du "Cyborg"

- De quoi l'agression de Steve Mann le 1er juillet dernier par les employés du MacDonald des Champs Élysées est-elle significative ?
- Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Rappel : Si les faits sont avérés, Steve Mann, ingénieur canadien malvoyant inventeur et porteur d'un système de lunettes de réalité augmentée avec caméra intégrée, a été pris à partie par le personnel dans un restaurant de la chaîne alors qu'il visitait Paris en famille. Les agents ont tenté de lui arracher ses lunettes qu'il porte fixées chirurgicalement à son crâne. Le mobile apparent en aurait été les consignes d'interdiction de photographier ou de filmer l'intérieur de l'établissement peut-être données par le gérant.
Cette affaire, qui a rapidement défrayé la chronique dés qu'elle à été connue, interpelle forcément les transhumanistes du monde entier.

- Steve Mann est un "transhumain", au sens que la technologie dont il dispose non seulement fait de lui un homme réparé, mais un homme augmenté.

- Les transhumanistes doivent se préparer à affronter de manière organisée et solidaire ce genre d'événements en se dotant par avance des outils éventuellement juridiques dont ils pourraient avoir besoin. Ceci pourrait comprendre par exemple des statuts permettant explicitement d'acter en justice afin de soutenir la défense d'une personne demandant leur soutien. Ceci devrait être accompagné de la prise de contact avec des experts judiciaires (avocats ou autres) susceptibles de nous conseiller.

Une association comme L'AFT Technoprog! devrait pouvoir se porter partie civile en cas de dépôt de plainte dans une telle affaire. Elle devrait pouvoir intervenir pour faire valoir que les valeurs et les intérêts qu'elle défend sont lésés et que la liberté et la sécurité de toute personne pratiquant une démarche transhumaniste proactive est mise en danger par de telles réactions ainsi que par l'inadaptation des réglementations et de la législation.

- La législation doit en permanence être révisée pour s'adapter à l'évolution transhumaniste. Comme l'a très justement analysé Anders Sandberg (voir ce message), l'affaire Steve Mann pose de façon aiguë la question de savoir qui doit posséder le contrôle de la mémorisation numérique de l'enregistrement d'images dans un lieu public ou privé. Jusqu'à présent, tant que les moyens d'enregistrement étaient complètement externes aux utilisateurs (caméras, appareil photos ...), il était admis que le propriétaire d'un lieu puisse exiger l'interdiction de filmer sans son autorisation. Pour autant, aucun propriétaire n'a jamais songé sérieusement d’interdire à qui que se soit de se souvenir de ce qu'il voyait dans son établissement. Mais à partir du moment où le moyen d'enregistrement technique commence à faire partie intégrante de la personne qui l'utilise, ces deux principes de liberté entre en concurrence.

Lequel des deux doit-il prévaloir ?

Il me semble évident que nous devons considérer que dans ce cas, il n'y a plus de différence fondamentale, et juridique, entre les capacités biologiques originelles de mémorisation de la personne et ses capacités nouvelles permises par la technologie. La technologie fait alors complètement "corps" avec la personne. Elle en est devenue indissociable et vouloir l'en priver revient à porter atteinte à son intégrité physique.

Vous constaterez en passant que cette évolution de notre conception du rapport entre le corps biologique et les implants et prothèses diverses qui viennent peu à peu l'augmenter nous conduit à nous pencher sur une question qui pourrait devenir rapidement brûlante : la définition des droits du futur "citoyen cyborg" .

Marc Roux

vendredi 6 avril 2012

Interview d'Olivier Goulet sur Silicon Maniacs

En mars, le Transhumanisme sur Silicon Maniacs s'est enrichi d'une interview d'Olivier Goulet :

<< Si, un jour, vous croisez un homme coiffé d’un chapeau de peau synthétique, avec une webcam sanglée à droite du visage et vêtu d’une cape sur laquelle ont été moulée une vingtaine de visage, ne paniquez pas ! Vous venez de croiser l’artiste Olivier Goulet. Et si vous avez des questions, n’hésitez pas, ce dandy mutant adore discuter. Et s’il vous aime bien, qui sait, peut-être rajoutera-t-il le moulage de son visage à sa collection ?

Artiste transmedia et performer, au “croisement de l’activisme et du design humain”, Olivier Goulet fait de son art un atelier de réfléxion sur la mutation de l’homme face à sa propre évolution, et face aux nouvelles technologies. Ne faisant pas mystère de ses sympathies transhumanistes, Olivier met en évidence le besoin de nouvelles prothèses biologiques, politiques ou mystiques pour faire de nos êtres, des créatures plus complètes.>>


la suite sur Silicon Maniacs.

samedi 17 mars 2012

Enseigner le Transhumanisme ?

9ème article de la Chronique de l'AFT Technoprog! sur Silicon Maniacs :

http://www.siliconmaniacs.org/enseigner-le-transhumanisme/

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La Recherche à deux vitesses
Dans le cadre de l’actuelle campagne électorale américaine, la droite religieuse et radicale développe en ce moment même toute une campagne anti-science. L’objectif est notamment de contrecarrer les discours scientifique sur le réchauffement climatique mais aussi la théorie de l’évolution. Au même moment, en France, des dizaines de membres des jurys de l’agrégation de mathématique viennent de démissionner pour protester contre la dégradation des conditions de formation et de recrutement des enseignants de leur discipline. Ils signalent comment, à force de dégrader l’image de la condition enseignante, notamment en science, le nombre des candidats en 2011 n’a permis de pourvoir que 60% des postes offerts en mathématique !

Or pendant ce temps, le nombre de scientifiques ne cesse de progresser dans le monde en développement (Inde, Chine …) ; la science ne cesse d’accumuler des découvertes et des réalisations toujours plus stupéfiantes ; sans cesse nos sociétés densifient leur technologie et se complexifient. Au point que si ce monde dans lequel nous évoluons n’est déjà plus du tout celui de nos parents, il me parait évident qu’il ne sera pas davantage celui de nos enfants.

C’est pourquoi, face aux bouleversements issus de la science qui sont en cours, en tant que transhumanistes techno-progressistes revendiqués nous pouvons proposer deux choses : non seulement un effort considérable dans le domaine de l’enseignement scientifique, mais aussi l’introduction d’une réflexion sur le questionnement transhumaniste, autrement dit une initiation à la prospective, au minimum… dès le collège.

Qu’enseigner aux générations montantes dans une perspective Transhumaniste ?
Pour répondre à cette question, prenons quelques exemples précis, pourquoi pas dans le cadre de la relation au travail.

Dans 30 ou 40 ans, l’espérance de vie en bonne santé et en bonne forme aura peut-être augmentée pour atteindre le siècle ou davantage. L’une des conséquences – et ceci tout à fait indépendamment des facteurs économiques (du genre, comment payer les retraites ?) est qu’il serait absurde pour eux d’envisager de cesser toute activité créative de biens ou de services pour la société – professionnelle ou autre, à partir d’un âge comme 60 ans.

Idem, il serait absurde de considérer normal que leur temps de formation/apprentissage s’arrête après 15 à 25 ans. Si ce temps de formation était de 15 ans à 25, voire 30 ans à une époque ou l’espérance de vie était de 80 ans et la retraite légale à 60 ans (soit une temps de formation représentant 25 à 50% du temps d’activité), avec une espérance de vie à 100, voire 120 ans, selon les mêmes proportions ce temps de formation devrait représenter 20 ans comme minimum obligatoire et 40, voire 50 ans dans les cas les plus longs !

Sur une durée de vie active allongée, la tendance à changer et alterner les métiers, les activités (professionnelles ou non) et les formations se trouverait probablement renforcée. Mais une question qui devrait être tôt envisagée par les jeunes générations est de savoir s’ils acceptent un système où la contrainte et la pénurie de l’emploi conduisent à devoir accepter leurs formations en fonction des besoins de l’économie, ou si au contraire ces formations tout au long de la vie doivent d’abord être le résultat d’un choix individuel.

Et, de manière générale, comment se projetteraient-ils s’ils apprenaient que leur durée de vie pouvait se révéler beaucoup plus longue encore … ?

Les robots, premiers de la classe ?
Un autre exemple de réflexion qu’il me semble nécessaire de développer de bonne heure est celle liée au développement d’une société humaine où de plus en plus de tâches, industrielles comme de service, physiques comme intellectuelles, sont assurées par des systèmes automatiques, robots, ordinateurs, programmes, etc.

Comment nos enfants envisageront-ils de trouver leur place dans ces sociétés ? Si la main d’oeuvre ouvrière ou salariée en général est de moins en moins nécessaire à la production de biens et de services, la majorité d’entre eux devra-t-elle accepter d’être reléguée dans un sous prolétariat réduite à ce qui restera accessible à l’humain 1.0. Les êtres humains devront-ils adopter l’augmentation transhumaniste sous la contrainte des impératifs économiques, ou bien pourront-ils enfin imposer un juste partage des énormes gains de productivité réalisés depuis deux siècles, profiter d’une vie faite en grande partie de temps libre et envisager une augmentation/amélioration humaine véritablement choisie ?

Apprendre à devenir humain
Mais, me direz-vous, comment peut-on proposer à des enfants de réfléchir à de telles perspectives alors que, s’il est déjà bien difficile à des adultes de se faire une opinion face au tourbillon des transformations techniques et sociales, les plus jeunes sont encore moins capables d’avoir une compréhension globale du monde ?

Et bien, c’est justement pour cette raison que je pense pertinent de leur enseigner, tant qu’il est encore temps, que leur monde et leurs horizons sont ouverts. Loin des murs d’un dogme obscurantiste, ils aborderont le questionnement transhumaniste par la fiction, le rêve, la fantasmagorie, le mythe, avant de venir le confronter aux possibilités concrètes des sciences et des techniques de leur temps. C’est tant qu’ils ne sont pas formatés par une vision figée et frileuse de leur avenir qu’ils ont une chance de devenir libres. D’autres diraient : de devenir humain. Érasme n’écrivait-il pas : « L’homme ne naît pas homme, il le devient. » ?

Pour en savoir plus :
Le Transhumanisme pour les enfants
Transhumanism for Children, by Nikki Olson on March 31, 2011

vendredi 24 février 2012

Les membres bioniques seront-ils un jour à la mode ?

7ème article de la Chronique de l'AFT Technoprog! sur Silicon Maniacs :

http://www.siliconmaniacs.org/transhumanisme-les-membres-bioniques-seront-ils-un-jour-a-la-mode/

À l’heure où des vétérans américains choisissent de remplacer leurs jambes affaiblies par des prothèses de plus en plus avancées et où on peut lire l’histoire d’un jeune autrichien qui décide de faire de même avec sa main paralysée suite à un accident de moto, la question de savoir si un jour nous verrons de plus en plus d’individus choisir d’aller remplacer leurs membres comme s’ils allaient se faire tatouer ou percer reste provocatrice.

Il y a une différence fondamentale entre les cas évoqués et le fait d’aller remplacer un bras ou une jambe par un modèle artificiel sur un coup de tête : ces personnes ont perdu l’usage d’une partie de leur corps et l’opportunité d’avoir un membre qui retrouve une fonctionnalité équivalente à l’original rend la décision évidente.

Des freins à l’adoption de membres artificiels… qui disparaissent.

C’est cette différence qui rend viscérale l’opposition à une telle idée : pourquoi devrais-je remplacer mon bras “sain” par un modèle moins efficace, avec lequel je ne pourrais plus sentir ce que je touche et qui n’a rien en commun avec mon héritage génétique ?

Pour qu’un membre bionique devienne une idée séduisante, il faudrait effectivement qu’il apporte une plus-value comparé à ce que nous avons originellement : des bras et des jambes qui ont fièrement prouvé leur intérêt dans notre interaction avec le monde qui nous entoure. Il faudrait également qu’il ne nous fasse rien perdre de ce que nous avions déjà avec l’équivalent biologique.

Tout d’abord, et ce n’est pas la moindre des choses, la prothèse bionique devrait être vue comme une “augmentation” pour le sujet. Pouvoir porter des charges plus lourdes, pouvoir courir plus vite, ne plus connaître de fractures ou ne plus craindre les flammes et/ou décharges électriques en seraient des motifs valables, bien que cela ne suffise pas. Inutile de remplacer sa jambe par une autre qui nous rend incapable de sautiller ou de se mettre à genoux. Ensuite la prothèse devrait nous permettre de ressentir ce que nous touchons. Ce n’est pas qu’une question de confort (quoi de plus horrible que de ne plus pouvoir éprouver le plaisir de toucher du tissu ou de sentir un courant d’air chaud sur ses mains ?) mais aussi d’efficacité : les sensations sont nécessaires pour pouvoir ajuster nos gestes, comme le fait de tenir un verre sans trop le serrer.

Enfin, le membre bionique étant avant tout un objet extérieur à notre corps, il serait préférable que ce dernier ne le rejette pas. À quoi bon avoir un membre meilleur si c’est pour qu’il soit sans cesse sujet aux caprices de notre système immunitaire ? On n’évoquera pas la nécessité de prendre des immuno-dépresseurs ou autres traitements similaires qui seraient plus un fardeau qu’une libération.

Le fait est que ces trois obstacles vont inévitablement tendre à disparaître : pour le premier point la voie est toute tracée entre des mains bioniques qui ont un nombre de degrés de libertés en tout point supérieur à leur équivalent biologique et des matériaux bien plus solides. Patrick, le jeune autrichien qui a choisi de se faire amputer pour une main artificielle, peut par exemple faire des rotations de 360° avec celle-ci.

Au sujet des sensations, les dernières expériences menées à ce sujet sont très encourageantes avec par exemple des singes qui ont pu ressentir ce que faisait leur bras “ajouté”… qui était simulé dans un ordinateur ! Tout cela grâce à un implant cérébral…

Quant au risque de rejet, celui-ci est de plus en plus écarté de par l’utilisation de matériaux “biocompatibles” en lieu et place du métal qui tranche les tissus fragiles, se dégrade avec le temps et augmente dramatiquement les chances de rejet. Cela fait environ 3 ans qu’une patiente souffrant de paralysie possède un implant cérébral sans effet secondaire. Nous pouvons aussi évoquer le travail d’un certain docteur Storsberg qui a su implanter durablement une cornée articielle et dont la technique “d’attachement des cellules” serait applicable à des os artificiels.

Le cas Oscar Pistorius

Marc Roux l’a déjà évoqué dans un autre article : le fait qu’un athlète dont les jambes sont artificielles puisse concurrencer officiellement des coureurs “valides” est un véritable “pas en avant dans le Transhumanisme”. Laissons de côté les implications philosophiques d’un tel évènement (fort bien expliquées par Marc) pour aller plus loin dans notre petit exercice de prospective : et si un jour nous avions des jeux olympiques pour “augmentés” ? Le besoin de spectaculaire et d’efficacité propre à notre société pourrait trouver écho dans des épreuves sportives où les athlètes sont sans cesse plus forts, plus rapides, plus précis… générant là un type d’épreuve qui supplantera celui exercé de nos jours : le sport pour “augmentés”.

On aurait par conséquent un terrain propice pour le développement de la popularité des prothèses bioniques, entre la démonstration permanente de leur efficacité à la télévision et le bombardement publicitaire fournit par des sponsors spécialisés dans les biotechnologies au cours de telles épreuves. Les répercussions pourraient être profondes jusque dans notre culture, où même l’art se mêlerait à la tendance (à quand des défilés de mode pour “augmentés” ?).

Bien qu’il soit regrettable que le fait de vouloir adopter une prothèse devienne ainsi plus le fruit d’une pression sociale et économique (société du spectacle, consumérisme ou exigence d’exploits) que du libre choix de l’individu, nous ne pouvons nier que ce serait un facteur très probable de “démocratisation” des membres bioniques.

Alors, serons-nous tous un jour comme Aimee Mullins, à changer de jambes comme nous changeons de tenue pour une soirée ? Au vu des tendances fortes qui pourraient être à l’oeuvre, tout est possible.

Article écrit par Kusanageek pour Siliconmaniacs.org et l’AFT:Technoprog.